Agnès Henri

Maître de conférences en linguistique océanienne, elle parle de linguistique, de travail de terrain et d’Océanie. Sa semaine sur En Direct Du Labo.

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A six ans, à l’occasion d’un séjour en Allemagne, je me demandais si « trois » et « drei », c’était le même mot, en fait. C’est mon premier souvenir de questionnement linguistique : ça ne s’est jamais vraiment arrêté depuis (il y a deux jours, par exemple, je me suis – encore – demandé pourquoi la boulangère prononçait « six euros » sans faire la liaison. Oui, j’ai une vie passionnante.)

Du coup, l’évidence s’est installée très tranquillement, sans que je sache bien quand ni comment, que j’allais faire des études dans « les langues ». Ça s’est concrétisé quand, à la fin de ma khâgne, je me suis embarquée dans un cursus de sciences du langage.

À la fin de mon master, il s’est décidé, encore une fois assez naturellement, que j’allais faire de la linguistique de terrain. J’avais à l’époque l’idée très théorique selon laquelle, avant de m’intéresser à des questions précises, et avant de faire de la comparaison entre les langues, il fallait s’occuper, au moins une fois, d’un système linguistique dans son ensemble. Pour comprendre « comment ça marche globalement ». Alors je me suis orientée vers une description de langue (le sungwadia, parlé au Vanuatu). Et pour faire ça, le plus simple, c’est de faire du terrain. Alors j’y suis allée. Et j’ai adoré. Et le terrain est devenu pour moi bien plus que « la façon la plus fiable d’obtenir des bonnes données sur lesquelles travailler ». Le Vanuatu est une part très importante de ma vie : bien que n’y ayant passé que moins d’un an en cumulé (j’atteindrai l’année pleine avec mon prochain séjour, à partir de fin décembre), j’ai depuis des années le sentiment d’avoir « deux vies », plusieurs familles, et de n’arriver que difficilement à faire la jonction entre les deux. La photo ci-dessous me montre avec le couple qui m’a adoptée, pendant mon deuxième terrain : Ileen et Patrick Wesom.

Donc j’ai fait ma thèse au laboratoire CNRS – LACITO (LAngues et CIvilisations à Tradition Orales). À la fin de ma thèse (2010) : j’ai de nouveau eu un choix : candidater au CNRS, ou candidater uniquement sur des postes d’enseignants-chercheurs. L’idée de n’avoir plus d’étudiants (j’avais enseigné pendant ma thèse) m’étant insupportable, j’ai laissé tomber l’idée du CNRS, et ai candidaté sur (et obtenu) un poste de MCF à l’INALCO (ex. Langues O’). Je suis restée membre du LACITO en parallèle.

Alors voilà. Je suis linguiste. Je suis chercheuse de terrain. Je suis enseignante. Je ne sais jamais trop lequel des trois prédomine, je suis capable de me présenter alternativement sous l’une ou l’autre de ces étiquettes.

Et depuis la fin de la thèse ?

Côté enseignement : j’enseigne la linguistique océanienne, le comparatisme austronésien, et le bislama (pidgin/ créole parlé au Vanuatu), ce qui m’occupe une bonne partie de la semaine, pendant une bonne partie de l’année. L’Inalco est un établissement très particulier, où les « grandes » langues (plusieurs centaines d’étudiants) cohabitent avec les « petites langues » (quelques dizaines d’étudiants). La section Pacifique, où j’enseigne, compte environ une vingtaine d’étudiants (de la licence au master). Du coup, on les chouchoute ! Ce qui prend pas mal de temps, en plus des cours…

Côté recherche : j’ai depuis l’été 2013 commencé à travailler sur deux nouvelles langues du Vanuatu : le sungwadaga, et surtout le mwerlap.

Je suis par ailleurs adjointe aux publications de la Société Linguistique de Paris.

Enfin, pour ce qui est de mes loisirs : je lis beaucoup, je passe pas mal de temps à bitcher en me promenant sur internet, j’aime jardiner (et j’ai la chance de pouvoir le faire, bien que vivant en banlieue parisienne), danser… Je suis membre de deux associations : l’une est une association d’aide à l’auto-édition ; l’autre, Wagawaga, est une association toute récente, qui œuvre à la diffusion et la promotion des langues et cultures océaniennes.

Sur twitter, j’ai un compte perso @Nasiviru (protégé, mais je donne assez volontiers l’accès) et, depuis quelques temps, un compte pro @Agnes_Henri.

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