Noémie Mermet

Doctorante en neurobiologie à l’INSERM, elle parle d’allodynie. Sa semaine sur En Direct Du Labo.

noémie mermet

Je suis née dans une famille de professionnels de la santé. J’ai donc été bercée par la médecine et la biologie dès ma plus tendre enfance. Mais c’est à l’adolescence que je me suis piquée d’intérêt pour les neurosciences. Ma mère étant infirmière dans un centre pour patients atteints de la sclérose en plaques, j’ai eu l’occasion de côtoyer de près le cerveau et ses dysfonctionnements incompréhensibles. Car si le cerveau est une formidable machine à penser, il peut dérailler sans que l’on ne sache pourquoi. Et c’est à ce « pourquoi » que je souhaitais répondre.

Après une filière scientifique au lycée de Saint-Claude dans le Jura, je me suis orientée en licence de biologie à Besançon (Doubs) dans l’optique d’intégrer le master neurosciences quelques années plus tard. Or, lors de ma deuxième année de licence, j’ai été informée de la fermeture du master Neurosciences due à un manque d’effectif. J’ai donc fais ma valise et suis partie pour Lyon, où j’ai fini ma licence et entamé en 2011 le master en Neurosciences tant désiré ! A Lyon j’ai eu l’opportunité de faire des stages en laboratoire dès ma Licence 3. C’est ainsi que j’ai intégré un laboratoire de recherche sur l’épilepsie où j’ai été formée à la technique d’électrophysiologie et en particulier de la technique de patch-clamp sur tranche de cerveau de rat (nb : le patch-clamp consiste à insérer une microélectrode de quelques micromètres de diamètre dans un neurone pour étudier son activité électrique et voir comment il répond à son environnement (stimulation, blocage de ses afférences, application de substances telles des neuromodulateurs, etc..), en bref, cette technique nous permet de comprendre énormément de choses sur les bases cellulaires et moléculaires qui régissent le fonctionnement de notre cerveau. Dans cette équipe, j’ai également travaillé quelques mois sur l’impact d’un stress sur le traumatisme crânien. En parallèle de mes études, je travaillais le we et pendant les vacances dans un laboratoire de recherche pré-clinique afin de me faire un peu d’argent de poche. A la fin de mon master vint le temps de postuler pour la bourse ministérielle grâce à laquelle j’aurais continué en thèse dans mon laboratoire lyonnais. Bien classée dans ma promo (il y avait 5 bourses pour environs 40 étudiants), j’aurais eu mes chances de l’obtenir. Et pourtant, j’ai fait le choix pour divers raisons de quitter Lyon et de m’installer à Clermont-Ferrand (Auvergne) où j’ai obtenu une bourse de thèse région/Inserm.

Aujourd’hui, cela fait 1 an que j’ai commencé ma thèse au sein de l’équipe Douleur Trigéminale et Migraine (NeuroDol/Inserm U1107). Je travaille sur l’implication des récepteurs 5HT2A dans la modulation des interneurones PKCγ au cours du développement et dans un contexte d’allodynie. En gros, je m’intéresse d’une part à comprendre comment fonctionne une population de neurones qui expriment l’isoforme gamma (γ) de la protéine kinase C et qui semblent être impliqués dans l’allodynie. L’allodynie est un symptôme douloureux caractérisé par le ressenti d’une douleur suite à une stimulation tactile normalement indolore. C’est une comorbidité largement représentée chez les patients souffrant de douleurs chroniques telles que les douleurs neuropathiques, diabète, sclérose en plaque et j’en passe. Or, des études ont montré que les ratons avant sevrage et les tout jeunes enfants n’ont pas d’allodynie. Pourquoi ? C’est la deuxième question à laquelle je vais tenter de répondre pendant ma thèse.

En dehors de ma thèse, j’ai plein de passions : la danse contemporaine, la lecture, le tricot (si si..), et la VULGARISATION SCIENTIFIQUE ! C’est pourquoi je me suis présentée cette année au concours « Ma thèse en 180 secondes » car j’estime qu’il est essentiel pour nous aujourd’hui de bien communiquer sur notre recherche. Et n’étant pas très à l’aise à l’oral, c’était un réel défi personnel de me présenter à ce concours. En étant lauréate des finales régionale, puis nationale et enfin internationale à Montréal, j’ai vécu une expérience formidable au cours de laquelle j’ai rencontré des chercheurs fantastiques et des journalistes qui m’ont appris énormément de choses et mon encouragé à poursuivre mon chemin dans la vulgarisation scientifique. En janvier, je débuterais une chronique hebdomadaire sur RadioCampus63 où je donnerais une explication scientifique aux choses toutes simples du quotidien (« pourquoi les oignons font pleurer ? », « pourquoi les arbres perdent leur feuilles en hiver ? »…). J’ai également été invitée à faire une conférence dans le cadre de la semaine du cerveau en mars 2015 où je parlerai du cerveau de l’enfant. Enfin, j’ai été conviée à faire un workshop en septembre prochain en Italie sur la communication scientifique. Bref, ce concours nous a ouvert des portes aux autres participants et à moi-même. Et ceci me rassure un peu, car étant donné l’état de la recherche en France aujourd’hui, j’ai peur quand à mon avenir en recherche : Où vais-je partir après ma thèse ? Dans combien de temps vais-je revenir en France si je fais un post-doc à l’étranger ? Quand vais-je obtenir un travail statutaire ? Et d’un point de vue plus personnel : Quand vais-je pouvoir fonder une famille ? Et investir dans une maison ? En couple depuis 9 ans maintenant, j’ai des projets d’avenir avec mon conjoint et nous ne savons pas quand ils pourront être réalisables. C’est difficile. Abandonner la recherche au profit d’une carrière dans la vulgarisation scientifique ? Pourquoi pas, si ce que l’on me propose m’assure un avenir stable à plus court terme. Mais quoi qu’il en soit, je n’abandonnerai jamais les sciences !

En attendant, je reste passionnée et motivée pour mon travail. On ne sait pas de quoi sera fait demain, alors, nous verrons bien !

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