Pauline Duchêne

Maître de conférence en langue et littérature latines, elle parle de Rome antique, d’historiographie, d’empereurs « fous » et des études en SHS. Sa semaine sur En Direct Du Labo.

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Je m’appelle Pauline Duchêne, je suis maîtresse de conférences (MCF) en langue et littérature latines à l’Université Paris Ouest Nanterre. J’ai eu un parcours assez linéaire : après trois ans de CPGE à Orléans, j’ai intégré l’ENS Paris. Pendant ces quatre années, j’ai passé licence, master et agrégation de lettres classiques, puis j’ai obtenu une bourse de thèse de trois ans à Nanterre, où j’ai travaillé sous la direction du professeur Charles Guittard. À la fin de mon contrat, comme je n’avais pas fini ma thèse (ce qui est très courant en SHS), j’ai postulé à des postes d’ATER et travaillé deux ans à Paris Est Créteil, ce qui m’a permis de finir et de soutenir dans de très bonnes conditions. J’ai eu ensuite la très grande chance qu’un poste se libère dans l’université où j’avais fait ma thèse et la chance encore plus grande d’y être élue, parmi une dizaine de candidats tous aussi bons les uns que les autres.

Aujourd’hui, je travaille principalement à la publication de mon travail, tout assumant ma première charge de cours de MCF, qui se révèle, fort classiquement, assez chronophage. J’ai heureusement des collègues très sympas qui m’aident beaucoup et mes cours sont aussi parfois l’occasion de découvrir des domaines que, du fait de mon parcours, je n’avais que peu explorés. J’interviens en effet dans le cadre d’une licence pluridisciplinaire appelée “Humanités”, où j’ai été chargée, entre autres, d’un cours visant à amener les étudiants à réfléchir à ce qu’ils pourraient faire de leurs études, en leur apprenant des techniques “de base” (CV, lettre de motivation…) et en leur présentant les débouchés qui s’offrent à eux. J’étais déjà persuadée que les études de Lettres ne menaient pas nécessairement au professorat : j’en suis à présent tout à fait convaincue ! Si vous ne voulez pas entrer dans l’Éducation nationale, vous pouvez tout à fait vous tourner vers des domaines comme le journalisme, les métiers du livre, la fonction publique ou encore la communication, les RH et la médiation culturelle.

Côté recherche, je travaille sur l’écriture de l’histoire dans l’Antiquité, en particulier à Rome, pendant le premier siècle de l’Empire (Ier siècle de notre ère). Je suis donc à mi-chemin entre la littérature “pure” et l’histoire, mais je ne suis pas du tout historienne ! Ma méthode est celle de l’analyse littéraire des textes, non la recherche d’éléments et d’interprétations historiques. Ce qui m’intéresse, c’est la façon dont les historiens romains conçoivent et pensent leurs textes et non si ce qu’ils racontent a réellement eu lieu ou réellement eu lieu comme ils le racontent. Ma thèse portait ainsi sur deux historiens romains du début du IIe siècle de notre ère, Tacite et Suétone, qui appartenaient tous les deux au même milieu social et ont écrit sur le même sujet : les tout premiers empereurs, de Tibère (n°2) à Domitien (n°11). J’ai ainsi comparé le vocabulaire qu’ils utilisaient pour définir leur travail et présenter leurs sources, mais aussi leurs choix d’organisation de leurs oeuvres, leur élaboration de certains épisodes, leur portrait global des empereurs de mon corpus ou encore leur rapport au passé. Tout cela m’a amenée à montrer que les critères de conception et d’évaluation des ouvrages historiques étaient totalement différents dans la Rome du IIe siècle par rapport à ceux d’aujourd’hui, même si les termes employés pour les exprimer peuvent leur ressembler. L’historiographie, dans l’Antiquité, n’est pas une discipline à part, mais une branche de la rhétorique : dès lors, l’oeuvre produite doit être plutôt narrativement bien construite que scientifiquement aussi proche que possible de la vérité historique. Pour prolonger ces thèmes, j’ai ouvert un carnet Hypothese intitulé Memoriam tradere et fondé, avec deux autres jeunes chercheuses, un séminaire de recherche mensuel, qui a lieu alternativement à Paris et à Lyon.

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