Charlotte Truchet

Maître de conférence en informatique à Nantes et Rennes, elle parle intelligence artificielle, programmation, égalité et gestion de projets. Sa semaine sur En Direct Du Labo.

Je suis maître de conférences (MC) en informatique à l’Université de Nantes, et cette année en délégation INRIA à Rennes (je n’ai donc pas d’enseignements cette année). J’ai obtenu un doctorat de l’Université Paris 7 en 2004, puis je suis arrivée à Nantes en tant qu’ATER puis MC en 2005.

Je travaille principalement en programmation par contraintes, une façon de résoudre des problèmes difficiles à partir d’une simple description (dans un langage donné), sans donner explicitement de méthode de résolution : une fois bien décrit, le problème est envoyé à un solveur de contraintes qui trouve une solution. Du moins, en général : puisque le problème est difficile, cela peut être long, et la programmation par contraintes fournit des algorithmes pour accélérer le temps de résolution. Les applications sont nombreuses, j’ai ainsi travaillé avec Bruno Belin (Université de Nantes) et Marc Christie (IRISA) en collaboration avec des urbanistes sur un outil à base de contraintes pour dessiner des villes nouvelles. Je crois que la programmation par contraintes, qui offre un modèle assez naturel, est un cadre de rêve pour des applications un peu en dehors de l’informatique pure.

Cela, c’était mon domaine de recherche à Nantes. Cette année à Rennes, je développe une autre série de travaux dont le but est de construire, ou étayer, un pont entre la programmation par contraintes et un autre domaine de l’informatique, l’interprétation abstraite. L’interprétation abstraite permet de vérifier l’absence de certains bugs dans des programmes, en montrant qu’ils ne se promènent pas dans des zones dangereuses. Elle repose sur une théorie solide et très générale, qui, à mon avis, peut être importée en programmation par contraintes, pour le plus grand bénéfice des deux.

Lors de ma semaine EnDirectDuLabo, j’ai aussi parlé d’un sujet dans l’air du temps, l’égalité hommes-femmes dans l’enseignement supérieur et la recherche, car je suis chargée de mission Egalité à l’Université de Nantes. Depuis la signature d’une charte en 2013, les Universités, dont les statistiques montrent d’assez fortes disparités H/F dans certaines catégories de personnel (pas toutes), prennent maintenant ce problème au sérieux. Il était temps.

Comme beaucoup d’enseignants-chercheurs, je trouve que la période n’est pas rose pour la recherche, et même parfois déprimante. Une semaine EnDirectDuLabo est excellente pour le moral : beaucoup de questions, interventions pertinentes de fact-checkers, participation active de gens qui donnent des infos utiles, commentaires gentils… Nous ne sommes pas habitués à des retours comme cela, et cela m’a redonné le goût de parler de mon travail !