Miho Janvier

Post-doctorante au Royaume-Uni, elle parle de physique solaire et de l’héliosphère. Sa semaine sur En Direct Du Labo.

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Je n’ai pas vraiment de racines, du fait d’un papa qui a beaucoup voyagé avec sa famille et issue d’un brassage multiculturel. Etre chercheur, c’est en quelque sorte continuer à mener une vie de nomade, car les différents CDDs de recherche et les conférences nous amènent dans tous les coins de la planète !

Tout d’abord : les débuts. Depuis toujours, j’ai été fascinée par le ciel et les étoiles, et de nature curieuse, je voulais TOUT savoir (j’ai bien vite appris que « plus j’apprends, plus je m’aperçois que je ne sais pas »). Vers 9 ans, je me suis donnée pour but de retrouver E.T. (oui oui, j’ai beaucoup pleuré lorsqu’il est parti à la maison) et depuis, j’ai nourri mes rêves de galaxies et d’univers. J’ai vite compris que le métier d’ufologue (Ufologue : chercheur d’OVNI et de petits hommes verts) n’en était pas vraiment un (Astrobiologiste, si ! Mais la biologie et moi…), alors je me suis tournée vers l’astrophysique.

Pendant mon école d’ingénieur à Grenoble, j’ai découvert et ai été fascinée par les plasmas, qui sont des gaz tellement chauds que les atomes s’ionisent : les plasmas peuvent alors interagir avec les champs magnétique et électrique environnants. On pense que 99% de la matière visible de l’Univers est en fait sous l’état de plasma. Pendant mes deux stages de Master et durant ma thèse que j’ai effectuée à l’Université de Kyoto au Japon, j’ai travaillé sur des instabilités qui changent la structure du champ magnétique au sein de plasmas. Ces phénomènes sont importants pour plusieurs choses : on pense que le mécanisme au sein de cette restructuration peut expliquer les éruptions solaires, les aurores boréales, et bien d’autres phénomènes énergétiques de l’univers comme les jets des galaxies actives. Mais elles sont aussi préjudiciables à la réalisation de la fusion nucléaire, un rêve de notre époque qui nous permettrait d’obtenir une énergie quasi-illimitée en reproduisant sur Terre le processus qui a lieu au cœur de notre soleil.

Après ma thèse, j’ai poursuivi mon rêve d’enfance, et me suis tournée vers la physique solaire et spatiale en tant que post-doctorante au LESIA (Observatoire de Paris). Depuis, je m’intéresse à la nature des éruptions solaires et à leur devenir dans le milieu interplanétaire (le milieu entre les planètes de notre système solaire) : comment elles ont lieu, quels sont les mécanismes qui nous permettraient, peut-être un jour, de prédire leurs occurrences. Ces éruptions sont à l’origine de tempêtes solaires : si dirigées vers la Terre, elles peuvent avoir des conséquences dramatiques comme la perturbation des signaux de télécommunications et GPS, voire même des pénuries d’électricité si les réseaux électriques sont affectés. A l’aide d’instruments spatiaux (des missions de l’ESA, NASA et JAXA), j’étudie également la morphologie de ces tempêtes solaires pour, à terme, mieux prédire leurs conséquences sur les planètes de notre système solaire : c’est ce que l’on appelle la météorologie de l’espace.

Entre temps, j’ai changé de pays (Royaume-Uni) pour revenir très bientôt en tant qu’astronome-adjoint à l’Institut d’Astrophysique Spatiale à Orsay, et je développe des projets de vulgarisation scientifique, pour que le public puisse s’émerveiller, à tout moment et à tout endroit, de la beauté de notre univers. Affaire à suivre !